Sortir du charbon, pas du nucléaire

Sortir du charbon, pas du nucléaire

Militant écologiste depuis plus de 30 ans, je suis souvent étonné de rencontrer d’autres écologistes qui ont plus peur du nucléaire que du charbon. Je suppose que c’est parce qu’ils ignorent les méfaits du charbon. Hier, j’en ai rencontrés qui ignoraient même qu’il reste des centrales à charbon en France. Contrairement à ce que l’on peut lire dans les médias, le charbon produit autant d’électricité que les énergies renouvelables en France: environ 6 à 8 TWh/an. En Allemagne, qui est, contrairement à ce qu’affirment le gouvernement et la plupart des écologistes, en retard dans la transition énergétique, c’est encore pire. Le charbon produit beaucoup plus d’électricité que les énergies renouvelables, malgré des centaines de milliards d’euros d’investissements. Cela se traduit par une stabilisation des émissions de CO2 en Allemagne depuis 10 ans, alors que d’énormes efforts avaient été entrepris pour les baisser:

20170201-uba-greenhousegasemissions1990-2015

L’Allemagne reste bloqué à 900 MtCO2/an, car elle n’a pas su prendre les mesures nécessaires pour simultanément, électrifier son économie,  maîtriser le coût de l’électricité et la décarboner. La France l’a mieux fait, ce qui a rendu possible une baisse progressive des émissions de CO2:

emissionsFR1990-2014

Or, il y a bien pire à court terme que les émissions de GES, qui représentent un danger sur le long terme. Cette dépendance au charbon provoque des dizaines de morts par jour en Europe à cause des maladies respiratoires induites, essentiellement dues aux particules fines émises par la combustion de charbon. La répartition de ces particules en situation anticyclonique illustre bien le problème :

particlesFR.png

Les centrales à charbon allemandes et polonaises sont tellement polluantes que l’université de Stuttgart a pu en  déterminer l’impact sur la santé dans toute l’Europe, comme le montre ce graphique :

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Dans le monde, les seules maladies respiratoires dues aux centrales à charbon causent 377 morts par jour, dont 62 en Europe, 22 en Allemagne, 2 en France: comment l’ignorer?

Au delà des seules maladies respiratoires, même en tenant compte des accidents, le charbon reste de loin la pire solution pour les humains:

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et la nature, le nucléaire ayant la meilleure empreinte écologique, notamment grâce à sa faible nocivité et sa forte compacité:

NRJlifecycleGES2

La conséquence est brutale par rapport aux convictions que des générations de militants écologistes se sont forgées : on ne peut pas être à la fois écologiste et opposé à l’énergie nucléaire, car c’est le seul moyen efficace (ECOLOGIQUE ET économique) que l’on ait trouvé pour remplacer le charbon. En effet, les pays qui ont fait le choix de remplacer le nucléaire paient non seulement au prix fort de la pollution, mais aussi celui de l’électricité chère, facteur de précarité énergétique. Le graphique suivant montre quels pays subissent les conséquences désastreuses (pour les consommateurs particuliers et les PME) de la non-prise en compte de la réalité : Le Danemark et de l’Allemagne

Contrairement à ce que l’on entend encore malheureusement dans les médias, le problème des déchets peut être facilement résolu en modifiant les traités internationaux : recyclage à l’usine de la Hague (Cotentin) en France, puis stockage des résidus non recyclables dans des entrepôts souterrains internationaux sans risque pour l’environnement (car certains pays comme l’Allemagne et les USA ont échoué dans la maîtrise de ces technologies, tandis que seules la France et la Finlande ont réussi à le faire).

En France, pour se débarrasser des 3% de production électrique des centrales à Charbon restantes, il faut des réacteurs nucléaires supplémentaires. Nous devons non seulement éviter de fermer prématurément des réacteurs nucléaires , mais au contraire, nous devons construire quelques EPR de plus (dans le nord de la France) pour décarboner l’Europe.

Pourquoi l’énergie nucléaire est-elle une énergie d’avenir ?

Comme la plupart des énergies quantiques (solaire, fusion), la  fission nucléaire est inépuisable. Un flux continu d’uranium, représentant suffisamment de combustible pour des réacteurs nucléaires d’une puissance totale de l’ordre de 20 000 GW, est charrié vers les océans par les fleuves. Pour le récupérer, une technique écologique a été mise au point qui rend renouvelable la fission nucléaire. Ce fait récent est encore largement méconnu, mais a fait l’objet de publications régulières depuis 2010, dont la dernière montre comment la fission nucléaire, grâce à sa vitesse de déploiement inégalable, peut nous aider à gagner 1°C de réchauffement pour passer de +2,6°C (la trajectoire des contributions nationales à l’Accord de Paris) à +1,5°C (l’objectif de l’Accord de Paris). Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de plan d’adaptation réaliste à +2,6°C.

Conclusion

Grâce à la fission nucléaire renouvelable, nous pourrions effectivement avoir un système électrique 100% renouvelable en 2050. Sans fission, cela semble quasiment impossible. Etre écologiste en 2017, ce n’est pas vouloir la sortie du nucléaire, mais la sortie du charbon avec la transition vers le nucléaire renouvelable et durable.

Sortir du charbon, c’est maintenant !

#ExitCoalNow : Sortons du charbon maintenant !

Signons la pétition pour un air moins pollué et un changement climatique moins brutal :

https://www.change.org/p/cop22-president-and-climate-champions-exit-coal-now

Des études récentes* ont démontré que les centrales électriques au charbon sont la cause de dizaines de milliers de morts prématurées chaque année en Europe, et de centaines de milliers dans le monde. De plus, elle sont le groupe le plus important de sources d’émissions de CO2 qui peuvent êtres arrêtées en une douzaine d’années (12 ans en Europe et Amérique du Nord, 24 ans dans le monde entier), puisque des sources alternatives d’électricité propre, peu onéreuse et bas-carbone sont largement disponibles (en fonction des conditions locales : énergies renouvelables et/ou nucléaires).

Nous, ExitCoalNow (ECN), une coalition mondiale d’ONG et de citoyens, prions instamment les dirigeants du monde d’engager chaque pays vers la sortie du charbon comme source d’électricité, au moins avant 2040, et avant 2030 en Europe et Amérique du Nord. Par souci de santé publique et d’urgence climatique, les pays les plus avancés s’efforceront d’anticiper ces délais et d’atteindre cet objectif dès 2025.

*Europe’s Dark Cloud – How Coal-Burning Countries are making their neighbours sick
http://awsassets.wwfffr.panda.org/downloads/dark_cloud_full_report.pdf

* La Place du Charbon en Europe
http://sauvonsleclimat.org/place-du-charbon-en-europe/

Notre ennemi, c’est le changement climatique !

Notre ennemi, c’est le changement climatique…

…et le changement climatique, c’est maintenant !

Réduction de 30 % des émissions de GES en 2030 : est-ce suffisant ?

Les déclarations récentes du président Obama montrent à quel point il sera difficile aux Etats-Unis d’Amérique d’amorcer une trajectoire de réduction rapide des Gaz à Effet de Serre (GES). En effet, non seulement les conditions politique ne sont pas encore réunies pour prendre sereinement cette décision de réduction de 30% dès 2030 et l’appliquer dans un pays dont la puissance économique dépend directement des énergies fossiles, mais les études du GIEC [1] et de SLC [2] démontrent que cet objectif, partagé avec la Chine, de réduction des émissions de GES de 30 % en 2030 est nettement insuffisant par rapport à ceux affichés par le G7 et inspirés de ceux de la France et de l’Union Européenne, dans la perspective de la COP21 [3], à savoir limiter le réchauffement climatique à une température moyenne de 2°C.

Sans conjugaison de mesures pragmatiques et réalistes, les engagements de réduction rapide des émissions n’ont aucune chance d’être tenus : les conséquences seront un changement climatique catastrophique [4], ce qui risque de nous conduire à adopter des mesures bien plus radicales, dont :

– une fiscalité écologique punitive, à savoir une taxe carbone mondiale, ou bien une taxe carbone par zone d’échange économique, dès que les dommages économiques seront avérés, ce qui risque de privilégier une logique de division, en plus d’être brutal et inéquitable envers les économies les plus fragiles ; une manière intelligente de créer cette taxe serait de la substituer aux impôts sur les revenus et aux taxes sur la valeur ajoutée: il faut taxer la pollution, pas les fruits du travail.

– une justice climatique radicale , lorsqu’il sera établi, mais il est malheureusement déjà possible de le constater, que l’absence de volonté politique suffisante pour réduire rapidement les émissions de GES n’est pas seulement une faiblesse collective, mais aussi la conséquence d’actions de certains acteurs politiques et économiques, qui seront qualifiées de criminelles dès qu’auront été établies la responsabilité et le choix délibéré d’ignorer les avertissements de la communauté scientifique. Ces acteurs ne se rendent peut-être pas compte que souhaiter ou prendre le risque d’un échec de la COP21, ou même d’un accord a minima, enclenchera automatiquement et immédiatement, dès 2016, une radicalisation des positions des deux camps, matérialisant ainsi une fracture profonde qui se dessine dans la société mondiale entre d’une part, les acteurs de la lutte contre le changement climatique, et d’autre part, différents mouvements de réaction ou de déni face à cette révolution, alors qu’il faudrait au contraire que l’humanité s’unisse face à cet ennemi.

Cet ennemi, nous le connaissons, nous l’avons créé : il n’a pas de visage, pas de nom, pas de parti. Souvent invisible, il agit au grand jour : il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera pas élu. Et pourtant, il gouverne !

Notre ennemi, c’est le changement climatique.

Si nous n’obtenons pas sa tête à la COP21, c’est lui qui dominera le monde. En 10 ans, le changement climatique va prendre le contrôle de nos vies. En une fraction de seconde, il sera capable de déplacer des sommes astronomiques, de faire tomber des banques, des régions entières, voire des pays entiers. En 2030, il aura gagné la partie. Il sera trop tard : les COP se seront succédées sans résultats tangibles. Des dizaines de réunions de la dernière chance n’auront jamais rien donné. Le changement climatique ne suit aucune règle, aucune morale, aucun contrôle. Il n’a aucun objectif, mais une trajectoire : la raréfaction des ressources, la réduction des terres habitables et des espaces naturels, l’extinction massive des espèces et, si nous sommes faibles, la disparition rapide d’une grande partie de l’humanité. Face à cette violence aveugle, l’humanité dispose de plusieurs armes : volonté, intelligence, solidarité.

Nous voyons désormais que de grandes migrations telles qu’en a connues le monde occidental à la chute de l’Empire Romain sont toujours possibles. Les migrations actuelle, constituées essentiellement de réfugiés de guerre, ne sont rien comparées aux migrations climatiques de millions de réfugiés climatiques qui sont envisagées dès 2030.

Mais un nouvel espoir est possible.

Il est temps de déclarer au niveau mondial l’état d’urgence climatique et d’encourager les dirigeants à prendre et faire respecter, en plus des engagements nationaux de réduction de GES, des mesures concrètes de réduction rapide de l’utilisation des énergies fossiles.

Afin de contourner la difficulté actuelle pour engager tous les pays vers une réduction des émissions globales de GES suffisante pour éviter un réchauffement climatique catastrophique de plus de 2°C, nous rappelons ses propositions concrètes et pratiques [5].

1. Toute centrale électrique nouvelle utilisant des combustibles devra totalement compenser ses émissions.

2. Tout véhicule neuf devra émettre moins de 20g de CO2/km/passager, ou une norme équivalente pour les transports de marchandises.

3. Les impôts sur les revenus et la valeur ajoutée seront progressivement modifiés d’ici 2025 pour taxer in fine la pollution, c’est-à-dire la quantité de GES émise dans l’atmosphère.

4. L’ensemble des politiques publiques et des moyens publics sera mobilisé dans un effort historique pour l’atteinte de ces objectifs.

Ces mesures devront être appliquées, au plus tard, dès 2020, dans tous les pays, et 2017 dans les pays développés (OCDE + BRIC). Sans cela, le budget carbone ne sera pas respecté et nous serons contraints d’utiliser la voie juridique au lieu de la politique.

En France, cela implique une modification de la loi LTECV (Loi sur la transition énergétique et la croissance verte) [6], pour créer plus d’emplois comme démontré dans le scénario RESSEC 2050. A la COP21, cela implique une action concertée de nombreuses ONG, mais aussi des partis et des personnalités politique, ainsi que l’engagement de nombreux volontaires pour renforcer les associations et partis prêts à s’engager.

Pour soutenir ces propositions et vous engager pour le climat, signez l’engagement sur : http://www.theclimatemobilization.org/international-pledge

Pour vous informer, venez assister à la conférence publique le 24 septembre à Paris sur le thème:

URGENCE CLIMATIQUE: quels objectifs pour la COP21 ?

URL : http://www.apc-paris.com/evenement/universite-dete-sauvons-climat

Pour adhérer au RESSEC : écrivez-nous à psressec@yahoo.fr !

NB : pour nous rencontrer à Paris lors de la COP21, nous organiserons un évènement début décembre… à suivre !

Notes et références:

[1] Budget carbone, voir page 33 de la présentation de J.P. Van Ypersele, vice-président du GIEC : http://www.climate.be/users/vanyp/presentations/2015-5-4_jpvy_rabat_groupe_dexperts_messages-cles_du_giec_synthese.pdf

[2] De la difficulté de définir des mesures cohérentes avec les objectifs affichés : http://sauvonsleclimat.org/g7-et-limitation-rechauffement-2-degres/35-fparticles/1803-g7-et-limitation-rechauffement-2-degres.html

[3] Tenant compte des prévisions du GIEC en matière de budget carbone (nécesité de limiter les émissions globales cumulées de GES à 1000 GtCO2 de 2015 à 2100, la Commission Européenne a fixé un objectif de réduction des émissions de GES de l’Union Européenne à 40% en 2030. Sauvons Le Climat rappelle et soutient la proposition de la France, faite en 2013 par la voix du Ministre des Affaires Etrangères M. Laurent Fabius, de replacer cet objectif dans une perspective à long terme de 60% en 2040 et 80% en 2050 (en termes de réduction des émissions de CO2 par rapport à la référence 1990), afin de rendre possible l’atteinte d’un facteur 4 sur la réduction des émissions de GES en 2050. Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/climat/actualites-liees-au-dereglement-climatique/actualites-2013-liees-au/article/entretiens-de-laurent-fabius-et-107169

Cela répond au passage à certaines critiques sur l’utilité de l’exemplarité de la France et de l’UE en matière de réduction des émissions de GES. Sans exemplarité, nous ne serions pas en position d’encourager nos alliés à faire plus d’efforts. Certes, ce n’est pas une condition suffisante, mais elle est nécessaire pour peser dans les négociations internationales.

[4] Extrait d’un article de Jim Hansen: « Even if the Anthropocene began millennia ago, a fundamentally different phase, a Hyper-Anthropocene, was initiated by explosive 20th century growth of fossil fuel use. Human-made climate forcings now overwhelm natural forcings. CO2 at 400 ppm in 2015, is off the scale in Fig. 24c. CO2 climate forcing is a reasonable approximation of the net human forcing, because forcing by other GHGs tends to offset negative human forcings, mainly aerosols (IPCC, 2013).
Most of the forcing growth occurred in the past several decades, and two-thirds of the 0.9°C global warming (since 1850) has occurred since 1975 (update of Hansen et al., 2010, available at
http://www.columbia.edu/~mhs119/Temperature/ ). Our analysis paints a different picture than IPCC (2013) for how this Hyper-Anthropocene phase is likely to proceed if GHG emissions grow at a rate that continues to pump energy at a high rate into the ocean. We conclude that multi-meter sea level rise would become practically unavoidable. Social disruption and economic consequences of such large sea level rise could be devastating. It is not difficult to imagine that conflicts arising from forced migrations and economic collapse might make the planet ungovernable, threatening the fabric of civilization. This image of our planet with accelerating meltwater includes growing climate chaos and storminess, as meltwater causes cooling around Antarctica and in the North Atlantic while the tropics and subtropics continue to warm.
Rising seas and more powerful storms together are especially hreatening, providing strong incentive to phase down CO2 emissions rapidly. »

Article complet: http://www.columbia.edu/~jeh1/2015/20150704_IceMelt.pdf

[5] Propositions de SLC: http://sauvonsleclimat.org/co21-propositions-slc

[6] Deux dispositions de la loi LTECV rendent possible de conforter la position prééminente de la France dans la réduction des émissions de GES

  1. La réduction de 40% des émissions de GES en 2030

  2. La réduction de la consommation d’énergies fossiles de 30% entre 2012 et 2030.

Les actions qui en résultent, centrées sur les transports et le bâtiment, devraient être considérées comme une priorité nationale. La réussite de ces actions réduirait le déficit de notre balance commerciale tout en améliorant notre indépendance énergétique. Le scénario RESSEC 2050 montre comment amplifier cet effort pour atteindre 60% de réduction en 2040 et 80% en 2050, grâce à un facteur 10 atteint sur la production d’énérgie décarbonée et l’efficacité énergétique.

Pas de hiatus (pause du réchauffement global) !

Contrairement à ce qui avait été avancé par les climato-négateurs, qui nient la réalité ou l’importance du réchauffement global actuel, il n’y a a eu ni hiatus, ni pause du réchauffement, durant la période 2000-2015 [1]. Et ce malgré une activité solaire en légère baisse depuis 2005 [2]. Il est donc inutile d’attendre la COP51, un verre de pastis à la main, pour réagir …

Non, c’est maintenant, dès la COP21, que nous devons décider une effort mondial et radical pour sortir de la gabegie de la pollution gratuite par les GES (Gaz à Effet de Serre). En clair, cela implique:

  • des quotas vraiment contraignants d’émission dès 2020; assortis de mesures adéquates pour décourager ceux qui seraient tentés de dépasser leur quota [3];
  • un mécanisme de taxation de la pollution, alias taxe carbone. Comme il ne peut s’agir d’un impôt supplémentaire, il faut qu’il remplace progressivement, mais rapidement, les impôts actuels basés sur le revenu et la valeur ajoutée.

Sinon, l’urgence climatique s’imposera à tous, de manière encore plus brutale que ce que nous allons vivre fin 2015 [4].

Références et notes:

  1. Hiatus : http://news.stanford.edu/news/2015/september/global-warming-hiatus-091715.html
  2. Selon le Dr. Hathaway : http://solarscience.msfc.nasa.gov/predict.shtml
  3. S’il est permis de se féliciter comme Ségolène Royal des engagements américains et chinois, il faut immédiatement préciser qu’ils sont insuffisants:
  4. Nous assistons actuellement au début d’un phénomène El Niño historique: http://polynesie.la1ere.fr/2015/09/18/el-nino-continue-se-developper-288117.html

COP21: réduction, budget ou seuil ?

Lors de discussion avec des individus ou des organisations concernés par le changement climatique, nous abordons souvent le sujet de l’objectif pour la prochaine conférence sur le Climat à Paris en 2015, dite COP21.

Rappel: la COP 21 est la 21ème COP, COP signifiant Conference Of the Parties de l’UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change, http://newsroom.unfccc.int/ ).

Traduction française: Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 2015, du 30 novembre au 11 décembre (COP21/CMP11), source: http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-enjeux-de-la-conference-de.html .

Or, l’on évoque un objectif de réduction des émissions, ce qui est certes vertueux, mais est-ce bien suffisant ?

En réalité, plus nous émettons de GES, plus la probabilité augmente d’accélérer et d’amplifier le réchauffement global, représenté par une température moyenne à la surface du globe (environ 15°C en 1990). Le problème est double:

1. il y a un budget d’émissions globales à ne pas dépasser pour avoir de bonnes chances de ne pas dépasser un certain degré de réchauffement global. Mais ce budget n’est jamais évoqué directement: on le masque derrière un pourcentage de réduction des émissions de GES par rapport à 1990, un nombre abstrait qui rend difficile la compréhension par le public et sème la confusion.

2. ce degré de réchauffement masque le fait que les conséquences continueront à s’amplifier longtemps après la stabilisation de la température globale, comme expliqué dans un article précédent: https://ressec.wordpress.com/2014/05/11/transgression-oceanique-2000-2500/

Le premier point mérite une explication complémentaire. Nous avons émis au cours des deux derniers siècles environ 600 milliards de tonnes de CO2 équivalent (soit GtCO2eq, l’unité d’un indicateur qui additionne les milliards de tonnes de CO2 émise plus celles des autres GES multipliées par le pouvoir de réchauffement global relatif au CO2). Nous continuons à émettre environ 40 GtCO2eq par an. Donc en 2025, si nous continuons au même niveau, nous aurons alors atteint un niveau d’émission de 1000 GtCO2eq. Or, cette valeur symbolique se situe justement dans l’intervalle critique (900-1500 GtCO2eq) au-delà duquel le réchauffement global dépassera probablement 2°C, avec les conséquences suivantes:

1. comme il est impossible d’arrêter d’émettre massivement du CO2 en dix ans, ce budget sera dépassé.

2. les scénarios d’émissions qui permettent de maintenir le réchauffement global au-dessous de 2°C prévient des émissions très faibles, voire négatives, avant la fin du XXIème siècle.

Il est alors permis de douter de la possibilité d’atteindre cet objectif de réchauffement global de 2°C. Il est aussi possible de tout mettre en œuvre pour l’atteindre, c’est-à-dire diminuer les émissions de CO2 dès 2015 afin de respecter le budget de 1000 GtCO2eq d’émissions globales.

Cela implique de diminuer rapidement les émissions annuelles globales de 40 à 10 GtCO2eq/an, avant 2025. C’est pourquoi la COP21 est véritablement la « réunion de la dernière chance » pour atteindre cet objectif.

références:

http://climatenexus.org/wp-content/uploads/2013/11/CarbonBudget.pdf

http://www.unep.org/pdf/UNEPEmissionsGapReport2013.pdf

http://www.c2es.org/docUploads/copenhagen-accord-adding-up-mitigation-pledges.pdf