Le« 50% de nucléaire » est inapplicable et doit-être revu. Alain Grandjean le dit, ses détracteurs s’y cassent les dents.

Réaction à l’analyse partisane réalisée dans Médiapart sur le texte de A. Grandjean :

Cette analyse de B. Dessus et de B. Laponche oublie deux points majeurs:

  • L’électricité éolienne ou photovoltaïque est intermittente et cette intermittence coûte cher,
  • Par ailleurs, ils limitent abusivement la consommation électrique en ne réalisant aucun transfert du chauffage fossile vers l’électrique avec pompes à chaleur, évolution pourtant nécessaire pour diminuer les GES. Et quid des voitures électriques à recharger la nuit ?

 

Commentaires en souligné gras italique dans le texte après leurs commentaires en italique :

 

Irréaliste de respecter les 50% de nucléaire en 2025 ?

https://blogs.mediapart.fr/benjamin-dessus/blog/250116/irrealiste-de-respecter-les-50-de-nucleaire-en-2025

25 janv. 2016.

 

Irréaliste de respecter les 50% de nucléaire en 2025 comme l’impose la loi sur la transition énergétique nous dit Alain Grandjean. Peut-être mais pas pour les raisons qu’il indique ! Analyse de Benjamin Dessus et Bernard Laponche.

Dans son papier « 50% DE NUCLÉAIRE EN FRANCE : UN OBJECTIF RÉALISTE ?»[1] 

Alain Grandjean s’attache à  montrer l’impossibilité d’une réduction de la part du nucléaire à 50% de la consommation française d’électricité en 2025. Le raisonnement paraît effectivement imparable et la proposition d’un décalage de l’objectif dans le temps bien plus réaliste au vu des différents chiffres de nature physique ou économiques qui viennent étayer sa démonstration.

Cependant à y regarder de plus près, on peut se rendre compte que certaines hypothèses, explicitées ou non, viennent remettre en cause la pertinence de son affirmation.

  1. Grandjean nous dit en effet que «  En 2014, le nucléaire a produit 436 TWh, soit 77% d’une production électrique s’élevant à 562 TWh. Cette production d’électricité sert une consommation électrique d’environ 440 TWh (soit environ 6700 kWh par habitant) ; le reste ce sont des pertes en ligne, l’autoconsommation (électricité consommée pour produire de l’électricité) et l’exportation (92 TWh en 2014, pour des importations de 27) ». 

(Et pourquoi ne pas parler seulement du solde exportateur ? )

 Et il ajoute :

Dans la suite nous supposerons que ce différentiel reste stable en ordre de grandeur.

A travers ces propos Alain Grandjean fait des hypothèses sujettes à caution :

La première, la plus importante, est que la France continuerait sine die à présenter un bilan exportateur de 65 TWh. On peut pourtant très bien envisager de faire tomber ce solde à zéro. On peut en effet légitimement se demander pourquoi il faudrait faire un effort important d’installation de capacités renouvelables nouvelles pour maintenir coûte que coûte une possibilité d’exporter de l’électricité nucléaire alors que son coût va augmenter fortement du fait de la réhabilitation indispensable et que le marché européen est déjà saturé. Outre la question économique, si elle exporte de l’électricité d’origine nucléaire, la France en garde les risques et les déchets de sa production.

(Voilà ce que l’on nomme un raisonnement spécieux. Quand on exporte, qui vérifie que ce sont des électrons nucléaires ? Tout comme les fameux contrats de vente d’électrons verts ? Le solde exportateur se constate en fin d’année et comprend aussi bien des électrons verts que des électrons thermiques et nucléaires. Personne ne sait faire le tri ! Pour être à 0, il suffirait d’ouvrir toutes les interconnexions pendant un an pour voir comment réagit le réseau de l’UE. Ce serait une expérience fort intéressante !)

  1. Grandjean fait d’autre part l’hypothèse que les pertes d’autoconsommation des centrales (de l’ordre de 24 TWh en 2014)  ne dépendent pas des technologies de production d’électricité, ce qui n’est pas exact. A peu près nulles pour l’hydraulique

(C’est nouveau !),

…l’éolien et le solaire…

(C’est nouveau aussi, ces commentateurs ne doivent pas bien connaître le rendement des onduleurs PV et des interfaces statiques éoliennes et les pertes des réseaux supplémentaires.),

…elles sont de l’ordre de 5 % de l’électricité brute produite pour le nucléaire (l’autoconsommation des centrales nucléaires en 2014 a atteint de l’ordre de 22 TWh pour une production brute de 436 TWh sans compter les consommations de l’enrichissement de l’uranium). Pour une consommation d’électricité déterminée, la production d’électricité nécessaire varie donc sensiblement en fonction du mix retenu. Il omet aussi de signaler que les pertes de transport et distribution, de l’ordre de 29 TWh en 2014 pour 562 TWh de production, sont à peu près proportionnelles aux quantités distribuées.

(Ce n’est plus exact quand on multiplie les raccordements pour des puissances faibles injectées sur le réseau RTE et ERDF.)

La question de la demande d’électricité et du mix de production

Sans entrer dans le détail du déroulement de son raisonnement sur les scénarios d’évolution de la consommation d’électricité d’ici 2025, nous nous contenterons de rappeler comme il le fait que «  les scénarios les plus optimistes »[2]   étudiés dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique la positionnent à cette date à 550 TWh, soit une croissance de 20% par rapport à aujourd’hui. Les autres la situent entre 400 et 500 TWh. »

A Grandjean rappelle d’autre part avec raison que « l’un des buts clairs de la transition énergétique est de découpler consommation d’énergie et PIB

(Nous en sommes loin avec + 80 tep pour une croissance de + 1 M€.).

Cela concerne évidemment aussi l’électricité en tendance, et sans transfert d’usages vers l’électricité on devrait donc plutôt voir la consommation baisser de 2010 à 2025 d’environ 15% pour atteindre 375 TWh.

( Sans transfert d’usages, notamment pour les transports, et le chauffage au fuel qu’il faut transférer vers du chauffage électrique avec PAC, nous ne respecterons pas notre engagement sur le facteur 4 en CO2, prévu dans la LTE et réitéré lors de la COP 21.)…

Après ces rappels A. Grandjean écrit : « En 2014, les renouvelables électriques ont produit 96 TWh, les moyens thermiques fossiles ayant produit 30 TWh = total 126 TWh   Dans un scénario bas de production électrique à 2025 (500 TWh) il faudrait donc que les EnR produisent 220 TWh et près de 300 TWh dans un scénario haut (650 TWh), en supposant stable la production thermique (par un remplacement des centrales au charbon par des centrales à gaz) ».

(Grandgean serait-il en train de faire son chemin de Damas ? Mais pour l’instant aucun gain en émissions de CO2 et même le contraire).

Si l’on suit la démarche d’A. Grandjean (avec un maintien du nucléaire à son niveau actuel et le même solde d’exportation), ce qu’il appelle les consommations d’électricité (électricité finale + consommations du secteur énergétique) de chacun de ces scénarios devraient se situer autour de 380 TWh pour le plus bas et de 525 TWh pour le plus élevé.

(2025 c’est demain pour l’électricité ! Travailler avec une fourchette de 145 TWh, c’est-à-dire la production de 23 unités de 900 MW ne paraît guère responsable pour l’alimentation du pays.)

Par contre si l’on tient compte des observations précédentes les mêmes scénarios dits « 500 » et « 650 » TWh de production d’électricité répondraient respectivement selon la proportion de nucléaire à des consommations électriques nationales [3] de 448 à 458 TWh et de 572 à 582 TWh.

(C’est beaucoup plus plausible.)

Un scénario à 380 TWh de consommation électrique, compatible avec l’esprit de la loi de transition énergétique (une réduction de l’ordre de 15% en 2025 par rapport à 2012[4]) n’exigerait donc que 430 TWh si la production d’électricité nucléaire restait inchangée, mais 421 TWh si la règle des 50% de nucléaire était respectée (réduction d’un facteur de plus de 2 du nucléaire autour de 210 TWh).

(Ca y est, les revoilà en train de délirer !)

Si la production électrique ex-fossile reste inchangée à 30 TWh il faudrait alors produire 180 TWh d’électricité renouvelable en 2025, soit 84 TWh de plus qu’aujourd’hui.

Soit 84 TWh d’éolien et PV aléatoires, pas plus et toujours gain 0 en CO2 !)

Le respect de la condition 50% de nucléaire en 2025 dans le scénario bas de l’auteur, pour un solde d’exportation ramené à zéro entraînerait la réduction de la production nucléaire d’un facteur 2 et l’installation de capacités renouvelables nouvelles capables de produire 84 TWh. C’est donc là un tableau assez différent…

(et surtout imbécile !)

…de celui proposé comme hypothèse basse par A. Grandjean avec une production supplémentaire de 124 TWh d’électricité renouvelable en 2025.

Par contre cette production supplémentaire d’électricité renouvelable de 84 TWh n’est pas éloignée de celle envisagée par le projet actuel de PPE qui propose en 2023 une production supplémentaire de l’ordre de 60 TWh avec un rythme de progression annuelle de l’ordre de 9 TWh en 2023 et donc une production anticipée en 2025 de 78 TWh.

( Et bonjour la CSPE ! Toujours pour un gain nul en CO2 ! et puis comment gérer l’intermittence d’une si forte production aléatoire : Faut-il rappeler que l’on ne sait toujours pas stocker l’électricité de manière rentable et que la baisse du coût du stockage est suffisamment lente pour repousser cette éventualité au-delà de 2050 ?)

Les questions d’investissement.

Pour calculer les investissements nécessaires l’auteur ne chiffre pas le scénario bas de production électrique qu’il évoque plus haut, mais un scénario de production de 560 TWh analogue à la production réalisée en 2014 : « pour une production électrique de 560 TWh, nucléaire à 280 TWh et EnR à 250 TWh) il faudrait accroître la puissance installée de l’ordre de 100 GW[5]. Sur la base  d’un coût d’investissement au kW installé soit dans la fourchette 1000 à 1500 euros, l’investissement à réaliser dans les 10 ans serait de 100 à 150 milliards d’ euros[6].

(Ce chiffre correspond à notre projection, soit 3 fois le coût du grand carénage et il ne tient pas compte des coûts de stockage dus à l’intermittence.)

En adoptant ces chiffres unitaires, l’investissement en nouvelles unités de production (pour  84 TWh) s’établit alors entre 55 milliards et 83 milliards.

 

Enfin, signalant qu’EDF va bientôt devoir réaliser – dans des délais courts…

(10 ans.)

…des investissements considérables, du fait de l’ancienneté de son parc nucléaire dont la construction s’est concentrée dans les années 1970-80 d’une partie des centrales actuelles (dont le montant est de l’ordre du milliard d’euros par réacteur), arrêt puis déconstruction de certaines d’entre elles (en fonction notamment des audits de l’Agence de Sûreté Nucléaire), et achèvement du chantier de Flamanville… A. Grandjean considère qu’il ne serait pas raisonnable d’imposer à EDF et à ses clients un investissement supplémentaire de 100 à 150 milliards.

(Enfin Grandjean se réveille, il était temps ! )

Notons tout d’abord que l’investissement de capacités électriques renouvelables n’a pas de raison de reposer uniquement sur EDF. Dès maintenant une part majoritaire de cet investissement relève d’initiatives industrielles hors EDF, d’initiatives de collectivités, d’initiatives associatives ou d’initiatives privées.

(J’aime bien les initiatives que l’on fait payer aux autres. Si j’étais sûr que cela marche aussi pour moi, je peux en lancer beaucoup.)

Il reste vrai qu’EDF aura beaucoup de mal à réaliser l’investissement de réhabilitation du parc (évalué  à 110 milliards par la Cour ces comptes, et donc plutôt à 2 milliards par réacteur que 1 milliard). Mais l’auteur ne signale pas que l’arrêt de l’ordre de 25 réacteurs avant 2025 permettrait de réaliser une économie comprise entre 25 et 50 milliards d’euros d’investissement selon l’évaluation retenue, et donc de dégager une très grande partie des fonds nécessaires au développement des renouvelables.

D’autre part les investissements de démantèlement qu’il évoque et qu’il faudra de toutes façons faire ne peuvent pas intervenir avant 10 ans après l’arrêt des tranches donc en tous cas après 2025.

Au total, en tenant compte de ces différents éléments l’investissement supplémentaire nécessaire au respect de la règle 50%, estimé par A Grandjean  à 100 ou 150 milliards, pourrait bien tomber d’un facteur important, s’il devait être financé par EDF, dans une fourchette de  moins de 10 milliards d’à 60 milliards d’€.

(Ils ont vraiment perdu le sens des réalités et ne sont vraiment pas préoccupés par le changement climatique. Ils n’ont pas dû bien savoir qu’il y avait eu la COP 21 !)

Conclusion

La conclusion de l’auteur selon laquelle « La part du nucléaire ne baissera pas qu’on le veuille ou non à 50% en 2025 » repose donc sur des hypothèses contestables du point de vue de l’exportation de courant électrique, de la montée en puissance des renouvelables à organiser et des capacités d’investissement à dégager. Avec une politique plus ambitieuse d’économie d’électricité (éradication du chauffage électrique au profit de pompes à chaleur, économies d’électricité spécifique dans l’habitat tertiaire, etc.) et l’abandon d’exportations massives d’électricité, il serait possible de respecter la consigne 50% de nucléaire dans des conditions acceptables.

(Ils ont sorti la baguette magique !)

Reste qu’en l’absence de volonté politique actuelle…

(et surtout de moyens financiers !),

…d’abord en termes d’économies d’électricité, complètement absente, ensuite en termes de programme de fermetures de réacteurs nucléaires, enfin de relance d’un programme ambitieux d’énergies renouvelables, sa conclusion sur l’improbabilité d’aboutir au mix 50/50 annoncé s’avère malheureusement crédible, même si c’est pour d’autres raisons que celles évoquées par l’auteur. Mais cela serait dramatique, tant sur le plan de l’environnement et de la sûreté nucléaire que sur celui de l’économie et de l’emploi.

(Ah ! mon bon Monsieur les temps sont durs !)

 

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Une réflexion sur “Le« 50% de nucléaire » est inapplicable et doit-être revu. Alain Grandjean le dit, ses détracteurs s’y cassent les dents.

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